Capsule d’information : la légende du lac des Fées
Dans le cadre de la troisième capsule sur les contes et les légendes de l’Outaouais, nous vous invitons à découvrir la légende du lac des Fées, une histoire d’amour bien tragique !
Il y a plusieurs centaines d’années, un groupe d’Anichinabés habitait les rives du lac des Fées, aujourd’hui situé près de la promenade du Lac des Fées à Hull. Parmi eux se trouvait une jeune femme d’une grande beauté, courtisée par deux jeunes guerriers. Toutefois, la jeune femme était incapable de choisir entre ses deux prétendants. Après une bataille sanglante avec des Iroquois, les deux prétendants trouvèrent la mort. La jeune femme, désespérée, se lança du haut de la falaise dans les eaux glacées du lac. La légende veut qu’on voie encore parfois la jeune femme, vêtue de blanc comme une fée, qui repose au fond du lac. Pour leur part, les deux jeunes guerriers hantent encore les alentours du lac, à la recherche de leur bien-aimée.
Une des plus vieilles histoires d’amour de l’Outaouais, la légende du lac des Fées s’inspire pourtant de faits réels. En effet, la bataille sanglante avec des Iroquois, dans laquelle les deux prétendants se font tués, n’est probablement pas tirée par les cheveux.
Par le passé, les communautés anichinabées et iroquoises ont entretenu des relations plutôt hostiles. À leur arrivée dans la région, les Français ont d’ailleurs surnommé ce conflit « la petite guerre » : les Anichinabés et les Iroquois se combattaient le long de rivières et des lacs de la région afin d’étendre leurs territoires de chasse.
En 1609, les Anichinabés se sont alliés aux Français et, avec l’aide de leurs alliés hurons et montagnais, ont mené une expédition militaire contre les Iroquois, occupant la région des Grands Lacs. Lors de cette expédition militaire, les Anichinabés ont pu compter sur une nouvelle arme : le fusil. L’introduction de fusils par les Français a complétement changé les dynamiques entre ces deux groupes autochtones et a mené à un conflit d’une envergure encore plus importante : les guerres franco-iroquoises (ou les guerres du Castor).
Pendant presque l’ensemble du 17e siècle eurent lieu les guerres franco-iroquoises, mettant en conflit les Français et leurs alliés anichinabés et hurons avec les Anglais et leurs alliés iroquois, organisés en la Confédération des Cinq-Nations (les Mohawks, les Oneida, les Onondaga, les Cayugas et les Senecas). Ces guerres avaient des motifs principalement commerciaux. De fait, les hostilités historiques entre les Anichinabés et les Iroquois furent amplifiées dans la foulée de la traite des fourrures : les Iroquois ont attaqué plusieurs fois des campements anichinabés afin d’accéder à de nouveaux territoires de chasse pour obtenir des fourrures pour les Anglais. Ces guerres ont également placé la rivière des Outaouais en avant-plan au sein des relations politiques et économiques de l’époque. Effectivement, Kichi Sibi (la grande rivière en anishinabemowin) était et est toujours un courant d’eau stratégique, qui relie les Grands Lacs au fleuve Saint-Laurent et à l’océan Atlantique.
Bien plus qu’une histoire d’amour, la légende du lac des Fées témoigne des relations conflictuelles qui ont traversé les peuples autochtones de la région, avant et après l’arrivée des Européens.

Le lac des Fées
Noémie Burrs, 2026

Répartition des groupes autochtones de la région des Grands Lacs, de l’Ontario et du Québec au début du 17e siècle
Dean Ottawa, 2003

Défaite des Iroquois au lac Champlain en 1609
Samuel de Champlain, 1613
Bibliographie :
Blanchette, R. (2009). L’Outaouais. Presses de l’Université Laval.
Commission de toponymie. (2024). Lac des Fées. https://toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/Fiche.aspx?no_seq=22143.
McGregor, S. (2004). Since time immemorial: “our story”. The story of the Kitigan Zibi Anishinàbeg. Kitigan Zibi Education Council.
Sur les traces du patrimoine. (2026). Lac des Fées. https://surlestraces.reseaupatrimoine.ca/fiches/lac-des-fees/.