Capsule d’information : le wendigo
Dans cette dernière capsule sur les contes et les légendes de l’Outaouais, nous vous invitons à découvrir une des créatures les plus terrifiantes de la région : le wendigo.
Seules et isolées pendant les longues périodes hivernales de la vallée de la rivière des Outaouais, les communautés anichinabées ont imaginé un terrible compagnon : le wendigo. Cette créature est également surnommée windigo, wittako, ou wittikka (il existe trente-huit orthographes différentes), et, au-delà des communautés anichinabées, elle porte d’autres noms, tels que atchen ou wechuge.
L’auteur anichinabé Basil Johnston décrit le wendigo de la manière suivante : « Il était si maigre qu’il en était squelettique, sa peau desséchée tendue sur ses os. Avec ses os saillants sous la peau, son teint gris cendre comme celui de la mort et ses yeux enfoncés profondément dans leurs orbites, le Wendigo ressemblait à un squelette décharné tout juste exhumé de sa tombe. Ses lèvres, pour autant qu’il en eût, étaient déchiquetées et ensanglantées… Souillé et rongé par des suppurations cutanées, le Wendigo dégageait une odeur étrange et inquiétante de pourriture et de décomposition, de mort et de pourrissement. » (Johnston, 1995)
Dans la mythologie anichinabée, le wendigo est décrit comme étant un cannibale : il a constamment faim, est sans cesse à la recherche de nourriture et n’hésite pas à tuer des êtres humains pour s’en procurer. Il est dit qu’un être humain possédé par un wendigo devient un cannibale. De plus, il arrive qu’un être humain se transforme en wendigo lorsqu’il souffre de famine prolongée. Les psychiatres ont même inventé un terme — la psychose du wendigo — pour désigner un état psychotique provoqué par la famine.
Puisque les communautés anichinabées vivent dans le nord, là où les hivers sont longs et rigoureux, la famine constitue une menace bien réelle, tout comme celle du cannibalisme lorsque les conditions deviennent trop difficiles. Les anthropologues affirment qu’une des fonctions du wendigo pourrait être de renforcer le tabou du cannibalisme, même en période de famine. À ce sujet, de nombreuses communautés pratiquaient autrefois une danse cérémonielle appelée wiindigookaanzhimowin, un autre moyen de sensibiliser la communauté à ce tabou. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il n’existe pas de croyances similaires au wendigo dans les régions où les ressources sont plus abondantes et où le climat est plus clément.
Dans d’autres versions de la légende, le wendigo est plutôt présenté comme un protecteur des Anichinabés et de la nature. En effet, dans cette version, le wendigo punit ceux qui agissent de manière égoïste et sert à faire réfléchir à l’humilité, à la prudence, au respect et à la communauté. Se transformer en wendigo ou se faire posséder par un wendigo symbolise ce qui arrive quand on prend sans redonner, quand on oublie notre communauté et la nature.

Le wendigo
Alberto Manguel, 2019

Une forêt en hiver
J. Roland Fournier, 1951

L’hiver dans le nord
L’Opinion publique, 1878
Bibliographie :
Assiniwi, B. (2007). Windigo. Dans M. Frigon (dir.), Contes, légendes et récits de l’Outaouais (p. 27-29). Éditions Trois-Pistoles.
DeMello, M. (2024). Bigfoot to Mothman: A Global Encyclopedia of Legendary Beasts and Monsters. Bloomsbury Academic. http://dx.doi.org/10.5040/9798216170877.
Johnston, B. (1995). The Manitous : the spiritual world of the Ojibway. Key Porter Books.
Manguel, A. (2019). Fabulous Monsters: Dracula, Alice, Superman, and Other Literary Friends. Yale University Press. https://doi.org/10.2307/j.ctvnwbztx.
Native Languages of the Americas. (2020). Windigo, the Ice Cannibal (Wendigo, Wiindigoo, Windgo, Windego). https://www.native-languages.org/windigo.htm.
Ouellette, M. (2025, 27 octobre). La légende du Windigo. L’info du Nord Mont-Laurier. https://infodunordmontlaurier.ca/article/culture/la-legende-du-windigo/